Récemment, je réfléchissais à ma relation avec le père de mes enfants. Nous sommes séparés depuis plusieurs années et, bien que les débuts aient été très difficiles sur le plan relationnel, nous avons réussi avec le temps à trouver un certain équilibre et à reconstruire un lien adapté à notre réalité et à nos objectifs communs. Malgré nos efforts et notre bonne volonté, il m’arrive encore, à certains moments, de me voir exploser dans des réactions démesurées. Des réactions dont l’intensité ne correspond pas réellement à ce que je vis, aujourd’hui, en relation avec lui.

Quand je prends le temps de m’arrêter et d’observer ce fonctionnement, je vois qu’il apparaît lorsque je commence à accumuler et banaliser des émotions désagréables dans la relation. Souvent, il s’agit d’un sentiment de ne pas être considérée, de ne pas être importante, de me sentir dévalorisée ou traitée injustement. Bien sûr, ce sont mes perceptions, liées à mes propres zones sensibles mais lorsque je ne m’arrête pas à ces émotions, c’est un peu comme si je laissais une pression s’accumuler à l’intérieur de moi. Je ne prends soin ni de moi, ni de la relation. Puis, à un moment que je n’attends pas, tout sort… tout croche.

Dans ces moments-là, l’intensité de ce que j’exprime ne reflète plus vraiment la réalité de la relation. Je peux alors dire des choses comme : « C’est toujours comme ça avec toi ! » « Tu penses juste à toi. » ou encore « Ne me demande plus rien, maintenant c’est chacun pour soi. »

Vous serez sans doute d’accord pour dire que ce type de situation n’est pas extrême mais après coup, je n’en suis pas très fière. Il s’agit d’un comportement bourreau, dans la mesure où certaines paroles ou certains comportements peuvent devenir blessants parce qu’ils sont portés par une colère défensive. Une colère qui ne prend pas sa source uniquement dans la situation présente, mais dans ce qui s’est accumulé à l’intérieur, à la différence d’une colère plus ajustée, qui permet plutôt d’exprimer un besoin ou une limite de façon plus claire et respectueuse.

Il est aussi important de faire la nuance entre ces réactions ponctuelles et des comportements ou des paroles violentes ou répétées qui, eux, ne sont pas acceptables et demandent parfois des interventions et un soutien spécialisé.

Mais ce qui est plus difficile dans tout cela, c’est qu’au bout du compte, les besoins restent insatisfaits. Dans mon histoire, mon besoin est de créer une relation d’entraide et de reconnaissance mutuelle avec le père de mes enfants. Vous imaginez que dans ces moment-là, ce n’est pas ce que je reçois. Cet exemple peut résonner pour plusieurs. Il existe bien sûr de nombreuses autres situations où l’on peut se surprendre à déraper dans des paroles ou des comportements qui ne nous ressemblent pas vraiment et qui parfois peuvent nous enfoncer dans l’insatisfaction jusqu’à fragiliser, voire briser, le lien avec des personnes qui sont importantes pour nous.

 

Comment sortir de ce fonctionnement

Mais comment sortir d’un fonctionnement qui nous rend malheureux et qui complique nos relations interpersonnelles, qu’elles soient familiales, professionnelles ou amoureuses ?

Pour les personnes qui souhaitent profondément transformer leur manière d’être en relation, un premier mouvement consiste à apprendre à s’arrêter. S’arrêter pour accueillir ce qui se vit derrière la colère et les peurs. Par exemple, la peur du rejet ou de l’abandon, la peine ressentie lorsqu’on a l’impression de ne pas être important ou reconnu, la culpabilité, l’impuissance… Pour certains, cette étape peut sembler simple. Pour d’autres, c’est une véritable aventure. Ce langage intérieur n’a pas été développé chez tout le monde, et le monde des émotions peut demeurer flou, voire très inconfortable.

C’est notamment pour accompagner ce processus d’accueil du vécu que les thérapies individuelles en relation d’aide sont présentes.

Ensuite, il devient important de prendre conscience des comportements défensifs qui ont été mis en place au fil du temps pour éviter de ressentir ces vécus désagréables. Ces stratégies, bien qu’elles aient pu être utiles à un certain moment, ne règlent pas la situation. Au contraire, elles peuvent l’entretenir et/ou l’aggraver. Dans certains cas, elles en viennent même à produire ce que l’on redoute le plus : la distance, le rejet, ou la rupture du lien.

 

L’importance de l’acceptation

Un autre mouvement essentiel dans ce processus est celui de l’acceptation. Apprendre à reconnaître son histoire et à accepter ce que l’on est, autant dans ce que l’on apprécie que dans ce que l’on apprécie moins. Cette étape peut être particulièrement difficile à traverser seul. Elle demande de développer une sensibilité à soi qui, pour plusieurs, n’a pas toujours été encouragée ou soutenue. Pourtant, il devient difficile d’être véritablement sensible à l’autre si l’on ne l’est pas d’abord à soi-même. C’est dans cet esprit que la relation thérapeutique prend tout son sens. En thérapie en relation d’aide avec l’ANDCᴹᴰ (approche non-directive créatrice), la personne est accueillie sans jugement, mais sans être ménagée non plus. Cet équilibre permet de se voir plus clairement, de reconnaître ce qui est présent, tout en apprenant à s’accepter tel que l’on est.

Cette acceptation ne signifie pas de rester figé dans son fonctionnement. Elle ouvre plutôt la porte à un changement plus profond, parce qu’il est ancré dans la reconnaissance de soi plutôt que dans le rejet ou la lutte intérieure. Apprendre à s’accepter, c’est aussi apprendre à reconnaître ce qui part de soi dans la relation et à se responsabiliser face à ses propres besoins. Non pas pour se blâmer, mais pour reprendre du pouvoir sur ce qui nous appartient réellement.

À partir de là, il devient possible de revenir en relation autrement. De développer une communication plus authentique, de s’exprimer avec plus de justesse et de s’approcher de l’autre avec sa vulnérabilité. C’est souvent dans ce mouvement que se crée un nouveau rapport à soi et à la relation. Un espace où le pouvoir n’est plus exercé sur l’autre, mais sur sa propre manière d’être et d’agir.

 

Conclusion

Dans plusieurs relations, ce ne sont pas les grandes ruptures qui créent la distance, mais plutôt ces moments où ce qui sort de nous ne reflète plus ce que nous portons réellement. Lorsque les émotions restent trop longtemps en silence, elles finissent parfois par s’exprimer d’une manière qui abîme le lien, même lorsqu’il est important pour nous. Comprendre ce fonctionnement ne consiste pas à se juger, mais à apprendre à se rencontrer autrement. À reconnaître ce qui se vit en soi, à s’en responsabiliser et à trouver des façons plus justes de l’exprimer. C’est à partir de là que quelque chose peut se transformer, que la relation peut redevenir un espace vivant… et que le pouvoir revient à sa juste place : en soi.

L’approche non directive créatrice (ANDCᴹᴰ), développée par Colette Portelance, inspire ma pratique et les réflexions que je partage dans ces articles.